Le Patrimoine d’Asnières mérite mieux que la dégradation qu’il subit aujourd’hui

Triste constat de la dégradation de la qualité et du cadre de vie des Asniérois.
Triste constat de la dégradation de la qualité et du cadre de vie des Asniérois.

Journée du Patrimoine oblige, les portes de nombreux sites de France, présentant un intérêt artistique, historique ou esthétique se sont ouvertes au public pendant ce week-end. Les hôtels particuliers abritant les Ministères et les services publics, les Palais de justice, les Églises, certains édifices privés ont accueilli gratuitement des visiteurs curieux qui ont des motivations différentes de celles de leurs usagers réguliers. C’est une fierté et une fête pour tous les Français, ce Patrimoine est un bien commun précieux. Souvent, ses murs renferment des épisodes importants de l’Histoire, cachent des secrets, abritent des mythes et font rêver ou détester, mais ne laissent jamais indifférents.

Ces monuments, ces sites, qui retrouvent un relief particulier le temps d’un week-end, doivent être protégés, entretenus, respectés par la collectivité publique et tout un chacun.

Asnières, possède un patrimoine substantiel. Contrairement à Levallois-Perret, créée par Nicolas Levallois au XIXème siècle, notre commune s’organise bien avant.

Au XIIème siècle, le nom d’Asinaria apparait sur un parchemin. C’est une cure sur laquelle les religieux de Saint-Marcel et l’abbaye de Saint-Denis se partagent des droits féodaux. Au début du XVIIIème siècle, elle prend le nom de Asnières-Belle-Isle, par la volonté de son seigneur, l’Abbé Lemoyne. Aussi loin que l’on remonte, Asnières a toujours été réputée pour sa qualité de vie. Au XVIIème siècle, c’est une bourgade sereine où de riches citadins s’établissent dans de belles demeures, au côté une population paysanne tranquille, amenant dans leur sillage un personnel domestique important. Au siècle de Louis XIV, Asnières rayonne. D’éminentes personnalités s’y établissent : la Princesse palatine du Rhin (Anne Gonzague de Clèves), le Marquis Marc-René de Voyer d’Argenson fait construire en 1750, sur un domaine proche de la Seine, la demeure qui préfigurera le  Château….

Sur le territoire de notre commune, de nombreux sites sont dignes d’attention.

On pense au Château bien sûr, à l’Hôtel de ville -remarquable-, au pittoresque cimetière d’animaux domestiques dit Cimetière des chiens, à la Halle Flachat, à l’Église sainte-Geneviève avec son inspiration religieuse très classique, à diverses demeures signalées par la qualité de leur hôte ou leur activité, aux ateliers Vuitton, à ce qui reste de la gare Lisch…

Notre commune a un passé industriel important qui a été marqué par l’activité des usines Chaussons, dans le quartier éponyme, où se déploie actuellement un vaste projet immobilier… lancé en 2006. A l’extrémité sud est de la ville, sur le site Citroen, un bâti digne d’intérêt devrait absolument être préservé dans le cadre d’un projet de réaménagement de grande ampleur.

Mais le quotidien, c’est le triste constat de la dégradation de la qualité et du cadre de vie, dénoncée par les Asniérois.

L’exécutif socialiste ne ménage pas son énergie pour se faire une pub d’enfer sur le dos d’un patrimoine très chichement entretenu. Sous prétexte d' »économies », il laisse se dégrader le patrimoine communal, alors que ces crédits servent à financer d’autres dépenses, comme des embauches superflues, une politique de communication lourde, etc.

C’est ainsi que l’exécutif vient de créer un pompeux Office du tourisme, disposant de locaux situés en centre ville, d’un budget (déjà déficitaire) alors que le strict minimum n’est pas assuré pour la maintenance et l’embellissement du patrimoine qu’il est censé valoriser. Nous ne sommes pas contre une telle initiative par principe, mais était ce une priorité, en pleine crise économique ? Est ce la priorité quand le patrimoine est insuffisamment entretenu?

Nous estimons qu’aujourd’hui la priorité des moyens devrait aller à la préservation et à l’entretien du bâti et des espaces remarquables de la commune :

1. Il faut restaurer et réparer les marches de l’Hôtel de ville ! Ce n’est pas anecdotique. L’Hôtel de ville est sans doute le premier des édifices de notre patrimoine. Ses marches extérieures sont dans un état piteux, sur la façade principale de l’Hôtel de ville. Mais si vous y accédez par le parvis, côté rue Fontaine, jetez un œil sur l’escalier latéral, c’est lamentable. C’est au surplus très dangereux. Rappelons que l’accès principal est celui emprunté par le public des cérémonies dans la salle des mariages, située au 1er étage. Alors, on attend un accident pour intervenir ? Et quand est ce qu’on remplacera les rafistolages pitoyables de béton sur les quelques marches réparées ?

Une chaise de la salle des mariages de l'Hôtel de ville

2. Toujours pour des prétendues raisons d’économies, la salle des Mariages n’est plus éclairée, les jours de célébrations de mariage. Les futurs époux se disent OUI dans un décor de peintures exceptionnelles qu’ils devinent, les jours de mauvais temps… Peut être que les lustres ont été éclairés ce week-end, à l’occasion des journées du patrimoine?

3. Venons-en au Château d’Asnières. Après 15 ans d’abandon, la municipalité dirigée par Frantz Taittinger rachète le Château à l’état de ruine. Des campagnes de restauration permettent de le mettre hors d’eau (1995), d’en refaire les fondations (1997), d’en restaurer les façades, les croisés, les planchers et cloisonnements. Le Château est rouvert au public pour la première fois en 2006. Une première tranche de travaux de 3 M euros, décidée par Manuel Aeschlimann et son équipe en 2006, s’est achevée en 2008. Mais depuis, entre 2008 et 2011, le Château d’Asnières a été « la belle endormie ». Aucun crédit d’investissement pour poursuivre les travaux n’a été inscrit par la majorité élue en 2008. Pire, en 2009, la mairie a loupé l’occasion de bénéficier des crédits du Plan de relance pour financer ce fleuron de notre patrimoine, alors que ce monument pouvait bénéficier d’une subvention d’Etat pour sa restauration. Ainsi, ni le budget communal, ni aucun autre financement nouveau n’a été mobilisé pour le Château. En revanche, il faut admettre que le Château sert bien, il sert même beaucoup, parfois à des activités qui ne se prêtent guère à l’esprit et à la fragilité de ces décors intérieurs. Cette réalité, nous l’avons dénoncée au conseil municipal, lors du vote de chaque budget. Et l’exécutif reprend les travaux en 2011, après avoir tout cessé entre 2008 et 2010. C’est aussi cela la réalité de la nouvelle politique culturelle d’Asnières.

4. On ne pourrait pas oublier le blason d’Asnières qui a disparu de la couverture d’Asnières Infos. Les armes de la ville, qui résument à elles seules son passé, y ont été effacées. Sans doute pour marquer visuellement la différence avec la mandature passée ? Mais peut-on  prendre en otage les symboles d’une collectivité dans sa lutte politique ? Je crois que non. Le blason d’Asnières appartient à tous les Asniérois. Le maire actuel n’a aucun droit, aucune nécessité de le faire disparaître.

5. La gare Lisch restaurée ne verra probablement pas le jour avant 2014, alors qu’il s’agit d’une promesse de campagne de la majorité de l’actuel maire socialiste et ses alliés de l’époque, Mme Fischer et le Modem. Aucun crédit n’a été investi pour la gare Lisch depuis 2008. Beaucoup de paroles. On a abusé des espérances des passionnés pour ce vestige de l’exposition universelle de 1878, et des rêves des Asniérois lambda aussi.

6. Permettez-moi d’ajouter à cette longue liste le mobilier urbain (candélabres et poubelles vandalisés), les voies publiques enfoncées ou trouées, de nombreux murs d’Asnières enlaidis par les tags. Le patrimoine d’une collectivité, c’est aussi ces petits rien (en comparaison des édifices) qui contribuent à rendre la ville agréable, fonctionnelle, sécurisée et singulière. C’est tout ce qui fait l’esprit et le charme d’Asnières, son identité et sa valeur, que nous ne voulons pas laisser dégrader.

7. Le patrimoine d’Asnières, ce sont ses arbres, platanes et autres essences, sacrifiées sur l’hôtel de projets immobiliers. Je pense au parking du centre ville, mais aussi aux arbres des résidences de la rue du 18 juin 1940, dans les Hauts d’Asnières. Personne ne nous fera admettre qu’un arbre sain et centenaire peut être abattu parce qu’il gêne un chantier. Qui peut croire qu’un arbre centenaire est « remplaçable » par de jeunes plants ? C’est contraire à l’idée de la conservation et de la protection inhérente au concept de patrimoine.

Marie-Do Aeschlimann